Livres à lire pour compléter l’étude

10022012
* http://tiny.cc/ptkzm: Economie Sociale et Solidaire, Gouvernance et Contrôle, Lire en numérique, Christine Collette , Benoît Pigé

* L’Economie Sociale et Solidaire aux prises avec la gestion. Jean-Louis Laville, Pascal Glémain. 
* L’Economie Sociale et Solidaire, nouvelles pratiques et dynamiques territoriales, Dir. : Erika Flahault, Henry Noguès, Nathalie Schieb-Bienfai
* L’Economie Sociale et Solidaire: une réponse à la crise? Capitalisme, territoires et démocratie. Jean François Draperi.
*Sommes-nous vraiment prêts à changer? Le social au coeur de l’économie. Roger Sue




Note de lecture : Philippe Frémaux, La Nouvelle Alternative ? Enquête sur l’économie sociale et solidaire. Les Petits matins/ Alternatives Economiques, 2011

10022012

Note de lecture :  Philippe Frémaux, La Nouvelle Alternative ? Enquête sur l’économie sociale et solidaire.  Les Petits matins/ Alternatives Economiques, 2011 dans Bibliographie La-nouvelle-alternative-300x225

«  Les organisations de l’Economie Sociale et Solidaire témoignent du fait que l’enrichissement personnel n’est pas l’unique motif qui puisse donner envie d’entreprendre, et que la Démocratie ne s’arrêtent pas à la porte des organisations qui produisent efficacement des biens et des services ».

Ainsi Philippe Frémeaux définie la spécificité des organisations de l’Economie Sociale et Solidaire dans son ouvrage La Nouvelle Alternative ?, Enquête sur l’Économie Sociale et Solidaire. S’interrogeant avec réalisme -mais ambition réelle- sur les perspectives de l’Économie Sociale et Solidaire dans notre société, l’auteur balaye les forces et faiblesses de ces organisations, leur intérêt et leurs limites, leur spécificité et leur marginalité au sein de l’Économie de Marché.

Philippe Frémeaux dresse avant tout un bilan contextuel,  tendant à affirmer l’intérêt de l’Économie Sociale et Solidaire : «  La dynamique de Marché, associé au cadre libéral institué ces dernières décennies pour les dirigeants des grands États, engendre des problèmes majeurs : inégalités croissantes, pauvreté et précarité, crise écologique ». La quête d’une Alternative semble donc d’Actualité, et c’est L’Économie Sociale et Solidaire qui semble la plus appropriée. Cependant, Philippe Frémeaux nuance un optimisme, qui, bien que nécessaire, ne doit pas cacher des interrogations légitimes : L’Économie Sociale et Solidaire peut-elle être une alternative réelle au système économique actuelle ? Ou ne restera-t-elle qu’une simple composante d’une Société dans laquelle cohabitent de multiples dynamiques économiques et sociales ?

C’est tout d’abord à travers un changement idéologique que se fonde l’Économie Sociale et Solidaire : on ne pense plus l’Homme comme un être principalement « égoïste », mais comme un être solidaire, bâti sur un socle de valeurs telles que «  l’altruisme, la compassion, l’entraide mutuelle et la coopération », l’objectif étant de donner pour finalité à l’Economie « la satisfaction des besoins humaines ».

Une définition « matérielle » et chiffrée est cependant nécessaire,  afin d’avoir une vision large, et si possible claire, de ce que comprend l’Économie Sociale et Solidaire. Ainsi, l’auteur intègre les associations, les coopératives, les mutuelles et les fondations, qui regroupent au total 16 000 organisations et 2,3 Millions de salariés, le secteur associatif représentant 80% des emplois de l’Économie Sociale et Solidaire, tandis que les coopératives et mutuelles représente 20%.  Définis comme des organisations Á forte utilité sociale, Philippe Frémeaux énonce quatre « critères » ou indicateurs pour les reconnaître : Elles embauchent des personnes en difficulté ; elles apportent une aide pour créer une entreprise ; elles développent des activités soutenables sur le plan écologique, et participent à un commerce « éthique », comme le commerce équitable. En terme sectoriels, 65% des emplois sont dans l’action sociale, 30% dans la Banque et l’Assurance, 20% dans l’Éducation et 11% dans la Santé. Cependant, il ne faut pas ignorer l’aspect historique de ces organisations : l’auteur date les premières organisations associatives d’Economie Sociale et Solidaire à 1443 avec les  Hospices de Beaune, et les premières coopératives au Moyen-Âge, avec les fruitières coopératives imaginées par des éleveurs du Jura. S’en est suivit, notamment au XIXème siècle, des Sociétés de Secours Mutuel, des caisses de crédit agricole et des Banques Populaires, au cœur même de la Société industrielle dominée par le Capitalisme comme le dit l’auteur. L’héritage historique est donc à prendre en compte, bien que l’aspiration religieuse initiale ait petit à petit laissé place à une inspiration républicaine et socialiste.

L’Économie Sociale et Solidaire touche alors de multiples domaines : la finance, qui est l’un des plus importants, mais également le logement avec « Habitat et Humanisme », ou encore le tourisme Social.  Philippe Frémeaux insiste sur la dimension « réparatrice » de ces organisations, bien que celles-ci ne soient pas une spécificité française, on pense notamment au « non profit sector » qui existe aux États-Unis.

On peut alors se poser la question suivante : Pourquoi a-t-on autant de mal à définir l’Économie Sociale et Solidaire ? Pourquoi n’est-elle pas reconnue de façon plus claire ? Pourquoi est-elle absente des grands débats économiques ? L’auteur donne tout d’abord trois raisons : La récupération et l’instrumentalisation par les pouvoirs publics, ainsi que la banalisation par ses propres acteurs.  Ainsi, on s’aperçoit que les politiques publiques sont souvent issues d’initiatives de la société civile (on pense par exemple à la Sécurité Sociale, héritière du mouvement mutualiste),  ce qui fait des organisations de l’Économie Sociale et Solidaire de véritables acteurs « politiques »,  tout en perdant leur spécificité et leur rôle dès lors que les acteurs publics réutilisent leurs innovations.  De plus, le secteur financier, dans lequel les entreprises de l’Économie Sociale et Solidaire sont particulièrement puissantes, semble de plus en plus banalisé à la vue des revenues que touchent les dirigeants des groupes mutualistes, les plaçant parmi les chefs d’entreprise les mieux payés, les exemples de Charles Millaud, Michel Lucas, Jean-Paul Chifflet et Laurent Mignon en sont l’illustration la plus frappante. De plus, cette absence de reconnaissance est due à une incompréhension de la part de l’opinion Publique, qui a du mal à unifier cette Economie Sociale et Solidaire, ajoutée à un désintérêt affiché chez les économistes, les sociologues et les politiques, qui la considèrent la plupart du temps comme « un faux sujet ». En d’autres termes, l’opinion public est incapable de définir ce qui fait qu’une banque, une mutuelle ou une entreprise est intégré dans le processus d’Économie Sociale et Solidaire, en comparaison à une autre banque ou une autre entreprise, qui semble apporter les mêmes services.

Selon l’auteur, l’Économie Sociale et Solidaire se distingue avant tout par « ses modes spécifiques de Gouvernance ».  En effet, le pouvoir est détenu non pas par les propriétaires du Capital,  mais par les sociétaires,  adhérents (comme dans les mutuelles et les banques coopératives), coopérateurs, instaurant une sorte de gouvernance démocratique au sein des entreprises, chacun disposant d’une voix lors des assemblées délibératives. Cependant, Philippe Frémeaux nuance une nouvelle fois ses propos, indiquant que malgré une organisation somme toute démocratique, les votes se font majoritairement sur liste unique, au sein desquelles l’absence de réelle parité semble être la norme. De ce point de vu, les organisations d’Economie Sociale et Solidaire semblent, comme les organisations capitalistes, être dominées majoritairement par les hommes. De plus, on s’aperçoit que la concurrence n’est pas absente, notamment au sein du secteur associatif, qui regroupe 80% des emplois de l’Économie Sociale et Solidaire, et que les modes de gouvernance au sein des coopératives ne sont pas exempts de tout reproche, en atteste l’affaire Natixis.

Cependant, l’intérêt de cette gouvernance démocratique est le lien établi entre une organisation et un territoire. En effet, comme le dit l’auteur, «  le fait que les organisations de l’Économie Sociale et Solidaire n’aient pas pour objectif de maximiser leurs résultats à court terme mais inscrivent leur action dans un temps long favorise les modes vertueux de gestion du personnel ». C’est en cela que la gestion au sein des entreprises de l’Économie Sociale et Solidaire semble être davantage rassurante et efficace pour les employés : elle entraîne chez eux une implication véritable et une loyauté envers les structures  qui n’a pas d’égal, selon l’auteur,  «  au sein d’autres organisations productives, qu’elles soient privées ou publiques ».

Ainsi, on se pose avec l’auteur la question suivante et essentielle concernant l’Économie Sociale et Solidaire : peut-elle se généraliser au sein de l’ensemble de l’Economie ? L’auteur est en tout cas favorable à son développement. Comme il le dit, «  La reconversion de notre économie vers un modèle plus soutenable devrait se révéler favorable au développement de l’économie sociale et solidaire, et inversement ». En d’autres termes, comme dit en début de cette note, le contexte actuel semble, davantage que dans le passé, favorable  à l’accroissement des organisations de l’Économie Sociale et Solidaire.  On peut d’ailleurs noter l’émergence, bien que timide pour le moment, des formations Économie Sociale et Solidaire au sein des Universités et des écoles de Management. Philippe Frémeaux semble cependant réaliste, et pragmatique à la fois : Selon lui, « il ne faut pas rêver d’une généralisation de l’Économie Sociale et Solidaire », et ce pour plusieurs raisons : tout d’abord car celle-ci semble avant tout «  sectoriel » (tout du moins pour le moment), délaissant totalement ou presque l’industrie agroalimentaire, le secteur du bâtiment, ainsi que l’Industrie d’une manière générale. De plus, l’Économie Sociale et Solidaire, comme on l’a dit tout à l’heure, manque de visibilité car elle n’est unifiée ni par ses statuts, ni pas ses pratiques, ni par ses objectifs. Ainsi, elle n’apparaît pas encore « comme un mouvement social à proprement parler ». Enfin, dans un contexte où l’Argent Public se fait rare, les organisations de l’Économie Sociale et Solidaire, notamment dans le secteur associatif qui dépend fortement des subventions de l’État et des collectivités, sont dans l’obligation de mener un combat perpétuel pour survivre, combat mené de manière souvent individuel, et pas forcément en coopération avec les autres organisations.

Ainsi, nous pouvons conclure sur cet ouvrage des plus intéressants en disant ceci : L’objectif de l’Économie Sociale et Solidaire est avant tout de démocratiser l’Économie. Bien évidemment, il semble difficile de généraliser son mode de gestion sur l’ensemble de l’Économie. Qui plus est, comme le dit l’auteur, il ne faut pas avoir une vision trop réductrice de l’Économie de marché : celle-ci n’a pas de si mauvais résultats en terme de production et de distribution de services, et l’Économie Sociale et Solidaire n’a pas le monopole de l’utilité. Cependant, comme le dit Philippe Frémeaux, « Comment se satisfaire d’une société qui fait cohabiter hyperconsommation et pauvreté ? ». Là semble l’intérêt d’un accroissement des organisations de l’Économie Sociale et Solidaire : celles-ci doivent s’accroître dans le domaine du logement, de la Santé, de l’assurance, afin de permettre à chacun d’être au moins sur le même pied d’égalité en ce qui concerne les besoins de première nécessité, fondamentaux pour une réelle intégration et un épanouissement personnel au sein de la société. De plus, à travers l’exemple d’Alternatives Economiques, souvent utilisé par l’auteur,  on ne peut qu’acquiescer l’intérêt professionnel d’une Société Coopérative et Participative, permettant une évolution de carrière et une sérénité dans le travail, termes de plus en plus tabous au sein des entreprises purement capitalistes.   




Note de lecture : Agir à Gauche, l’Economie Sociale et Solidaire, Jean-Louis Laville

10022012
Note de lecture : Agir à Gauche, l’Economie Sociale et Solidaire, Jean-Louis Laville dans Bibliographie 9782220063201-181x300

                  « Pour penser la possibilité d’une alternative,  il est nécessaire de critiquer l’ordre existant »

Voilà l’une des grandes idées que l’on retiendra du petit ouvrage de Jean-Louis Laville, qui entraîne une question volontairement radicale : L’Economie Sociale et Solidaire, longtemps perçue comme une résistance au modèle dominant, pourra-t-elle devenir à son tour le modèle économique fondamental au sein de notre société ?

En nous dressant un tableau complet et sincère du champ de l’Economie Sociale et Solidaire aujourd’hui, l’auteur veut nous convaincre qu’une alternative réelle à l’Economie purement capitaliste est en marche, à condition de la consolider dès maintenant et de ne pas rester au seul stade de la contestation et des mesures palliatives.

L’auteur rappelle le contexte économique mondial, ainsi que la situation de dette publique qui s’accroît dans de nombreux pays, à commencer par la France, ce qui menace principalement les dépenses sociales et les aides publiques, secteurs les plus touchés par les politiques de rigueur et les coupes budgétaires. Cependant, point important,  il affirme que contrairement aux crises passées,  la crise actuelle n’est pas conjoncturelle, expliquant ainsi  que l’Economie Sociale et Solidaire peut jouer, si elle s’en donne les moyens, un rôle de premier plan.

Ainsi, «  L’existence d’une telle menace ne doit pas entretenir l’immobilisme ou la peur du lendemain ». La menace, être stopper, doit entraîner une réaction. Cette réaction semble être le dessein des organisations appartenant au champ de l’Economie Sociale et Solidaire, dont les activités contribuent à la démocratisation de l’Economie par des engagements citoyens. Par conséquent, la démocratisation de l’économie participe à la démocratisation de la société pour reprendre Laville.

Comme beaucoup d’auteurs qui apportent une réflexion sur l’Economie Sociale et Solidaire, Jean-Louis Laville souligne néanmoins le caractère hétérogène des activités appartenant au domaine de L’ESS, l’empêchant encore d’être une force économique à part entière. Néanmoins, les différentes organisations semblent se rassembler autour d’une pensée commune : Le Refus de se soumettre à la loi du profit, et une volonté de démocratiser l’économie.  En outre, l’un des aspects intéressants développés par l’auteur, c’est l’alliance possible entre efficacité productive et démocratie. En effet, pour reprendre ses propres termes : «  Efficacité productive et Démocratie ne sont pas contradictoires ». L’Economie Sociale et Solidaire peut donc être productrice de biens, au même titre que le sont les organisations appartenant à l’Economie de Marché.

En parallèle, l’auteur n’oublie pas de réaffirmer les origines historiques du champ de l’Economie Sociale et Solidaire : on rappelle que des nouvelles initiatives ont vu le jour durant les « Trente Glorieuses », s’appuyant principalement sur le courant « associationniste », qui part d’un principe clef : La liberté d’accès à l’Espace Public. L’exemple des femmes et de la population noire aux USA à cette époque est  particulièrement parlant : n’ayant pas le droit de s’exprimer dans l’espace public, cette partie de la population rejetée choisit le biais associatif  pour s’exprimer dans l’espace public, pour organiser des services, et ainsi se rendre utile dans la société. En conséquence, l’association apparaît comme un levier d’expression, un levier de création, participant clairement à la démocratisation de la société et à la production de richesses.

Néanmoins, l’un des points intéressant de ce petit livre est la distinction qu’apporte l’auteur en ce qui concerne la notion de « Solidarité ». Notion clef des organisations de l’Economie Sociale et Solidaire, celle-ci mérite d’être analysée de plus près, conditionnant presque l’ambition que doivent avoir ces organisations. Ainsi, Jean-Louis Laville distingue une acceptation « philanthropique » d’un « principe de Démocratisation ». Pour la première, il s’agit de considérer l’Economie Sociale et Solidaire comme la mise en œuvre d’actions palliatives, qui enferment les bénéficiaires dans leur situation d’infériorité. Pour ce qui est du « principe de démocratisation », il s’agit avant tout de voir l’Economie Sociale et Solidaire comme la mise en œuvre d’actions collectives, incluant l’ensemble de la population, et adoptant des projets et des ambitions sur le long terme. En outre, l’auteur illustre la nécessité de bâtir un nouveau type d’économie de manière durable,  rappelant que plus de dix millions de personnes en France reçoivent des prestations sociales, et près de la moitié des résidents adultes échappent à la pauvreté grâce aux ressources qui proviennent de la protection sociale.

Comme le stipule l’auteur, une régulation du marché est alors nécessaire (notamment par l’introduction de clauses sociales et écologiques),  et ce afin de montrer que la création de richesses n’est pas l’apanage du capitalisme marchant.  Néanmoins, cette régulation n’est pas suffisante pour s’attaquer aux dérives du capitalisme excessif.  C’est pourquoi  une « co-construction » avec les pouvoirs publics semble nécessaire, apportant plus de poids et plus de forces aux actions de l’Economie Sociale et Solidaire. Pour reprendre les propos de Jean-Louis Laville, « la démesure du nouveau capitalisme global ne peut être combattu qu’à partir d’alliances dans lesquelles  l’Economie Sociale et Solidaire privilégie les co-constructions avec les pouvoirs publics ». Les organisations et les pouvoirs publics, loin d’être concurrents, doivent donc être amené à œuvrer main dans la main, toujours dans le souci de démocratiser petit à petit l’Economie.

                  Le livre de Jean-Louis Laville apparaît alors comme un plaidoyer en faveur d’un changement de système économique, permettant la généralisation des organisations de l’Economie Sociale et Solidaire. Rappelant qu’en 2010, l’Economie Sociale et Solidaire représentait un emploi sur 10 en France, et que 15 régions ont intégré dans leurs schémas régionaux de développement un volet sur l’Economie Sociale et Solidaire, l’auteur semble optimiste quant à l’évolution et l’ampleur que prend l’ESS. Cependant, on note que cette réalité ne semble pas être prise en compte de manière durable au niveau national, en témoigne l’éphémère secrétariat d’Etat à l’Economie Solidaire entre 2001 et 2002.

L’Economie Sociale et Solidaire doit donc continuer à faire sa place au sein de tous les espaces et de tous les milieux, afin de ne plus être assimilée uniquement « à une sous-économie réservée à l’insertion », mais à une réalité forte, durable, créant de la richesse et de l’emploi stable.







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