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Note de lecture : Philippe Frémaux, La Nouvelle Alternative ? Enquête sur l’économie sociale et solidaire. Les Petits matins/ Alternatives Economiques, 2011

10 02 2012

Note de lecture :  Philippe Frémaux, La Nouvelle Alternative ? Enquête sur l’économie sociale et solidaire.  Les Petits matins/ Alternatives Economiques, 2011 dans Bibliographie La-nouvelle-alternative-300x225

«  Les organisations de l’Economie Sociale et Solidaire témoignent du fait que l’enrichissement personnel n’est pas l’unique motif qui puisse donner envie d’entreprendre, et que la Démocratie ne s’arrêtent pas à la porte des organisations qui produisent efficacement des biens et des services ».

Ainsi Philippe Frémeaux définie la spécificité des organisations de l’Economie Sociale et Solidaire dans son ouvrage La Nouvelle Alternative ?, Enquête sur l’Économie Sociale et Solidaire. S’interrogeant avec réalisme -mais ambition réelle- sur les perspectives de l’Économie Sociale et Solidaire dans notre société, l’auteur balaye les forces et faiblesses de ces organisations, leur intérêt et leurs limites, leur spécificité et leur marginalité au sein de l’Économie de Marché.

Philippe Frémeaux dresse avant tout un bilan contextuel,  tendant à affirmer l’intérêt de l’Économie Sociale et Solidaire : «  La dynamique de Marché, associé au cadre libéral institué ces dernières décennies pour les dirigeants des grands États, engendre des problèmes majeurs : inégalités croissantes, pauvreté et précarité, crise écologique ». La quête d’une Alternative semble donc d’Actualité, et c’est L’Économie Sociale et Solidaire qui semble la plus appropriée. Cependant, Philippe Frémeaux nuance un optimisme, qui, bien que nécessaire, ne doit pas cacher des interrogations légitimes : L’Économie Sociale et Solidaire peut-elle être une alternative réelle au système économique actuelle ? Ou ne restera-t-elle qu’une simple composante d’une Société dans laquelle cohabitent de multiples dynamiques économiques et sociales ?

C’est tout d’abord à travers un changement idéologique que se fonde l’Économie Sociale et Solidaire : on ne pense plus l’Homme comme un être principalement « égoïste », mais comme un être solidaire, bâti sur un socle de valeurs telles que «  l’altruisme, la compassion, l’entraide mutuelle et la coopération », l’objectif étant de donner pour finalité à l’Economie « la satisfaction des besoins humaines ».

Une définition « matérielle » et chiffrée est cependant nécessaire,  afin d’avoir une vision large, et si possible claire, de ce que comprend l’Économie Sociale et Solidaire. Ainsi, l’auteur intègre les associations, les coopératives, les mutuelles et les fondations, qui regroupent au total 16 000 organisations et 2,3 Millions de salariés, le secteur associatif représentant 80% des emplois de l’Économie Sociale et Solidaire, tandis que les coopératives et mutuelles représente 20%.  Définis comme des organisations Á forte utilité sociale, Philippe Frémeaux énonce quatre « critères » ou indicateurs pour les reconnaître : Elles embauchent des personnes en difficulté ; elles apportent une aide pour créer une entreprise ; elles développent des activités soutenables sur le plan écologique, et participent à un commerce « éthique », comme le commerce équitable. En terme sectoriels, 65% des emplois sont dans l’action sociale, 30% dans la Banque et l’Assurance, 20% dans l’Éducation et 11% dans la Santé. Cependant, il ne faut pas ignorer l’aspect historique de ces organisations : l’auteur date les premières organisations associatives d’Economie Sociale et Solidaire à 1443 avec les  Hospices de Beaune, et les premières coopératives au Moyen-Âge, avec les fruitières coopératives imaginées par des éleveurs du Jura. S’en est suivit, notamment au XIXème siècle, des Sociétés de Secours Mutuel, des caisses de crédit agricole et des Banques Populaires, au cœur même de la Société industrielle dominée par le Capitalisme comme le dit l’auteur. L’héritage historique est donc à prendre en compte, bien que l’aspiration religieuse initiale ait petit à petit laissé place à une inspiration républicaine et socialiste.

L’Économie Sociale et Solidaire touche alors de multiples domaines : la finance, qui est l’un des plus importants, mais également le logement avec « Habitat et Humanisme », ou encore le tourisme Social.  Philippe Frémeaux insiste sur la dimension « réparatrice » de ces organisations, bien que celles-ci ne soient pas une spécificité française, on pense notamment au « non profit sector » qui existe aux États-Unis.

On peut alors se poser la question suivante : Pourquoi a-t-on autant de mal à définir l’Économie Sociale et Solidaire ? Pourquoi n’est-elle pas reconnue de façon plus claire ? Pourquoi est-elle absente des grands débats économiques ? L’auteur donne tout d’abord trois raisons : La récupération et l’instrumentalisation par les pouvoirs publics, ainsi que la banalisation par ses propres acteurs.  Ainsi, on s’aperçoit que les politiques publiques sont souvent issues d’initiatives de la société civile (on pense par exemple à la Sécurité Sociale, héritière du mouvement mutualiste),  ce qui fait des organisations de l’Économie Sociale et Solidaire de véritables acteurs « politiques »,  tout en perdant leur spécificité et leur rôle dès lors que les acteurs publics réutilisent leurs innovations.  De plus, le secteur financier, dans lequel les entreprises de l’Économie Sociale et Solidaire sont particulièrement puissantes, semble de plus en plus banalisé à la vue des revenues que touchent les dirigeants des groupes mutualistes, les plaçant parmi les chefs d’entreprise les mieux payés, les exemples de Charles Millaud, Michel Lucas, Jean-Paul Chifflet et Laurent Mignon en sont l’illustration la plus frappante. De plus, cette absence de reconnaissance est due à une incompréhension de la part de l’opinion Publique, qui a du mal à unifier cette Economie Sociale et Solidaire, ajoutée à un désintérêt affiché chez les économistes, les sociologues et les politiques, qui la considèrent la plupart du temps comme « un faux sujet ». En d’autres termes, l’opinion public est incapable de définir ce qui fait qu’une banque, une mutuelle ou une entreprise est intégré dans le processus d’Économie Sociale et Solidaire, en comparaison à une autre banque ou une autre entreprise, qui semble apporter les mêmes services.

Selon l’auteur, l’Économie Sociale et Solidaire se distingue avant tout par « ses modes spécifiques de Gouvernance ».  En effet, le pouvoir est détenu non pas par les propriétaires du Capital,  mais par les sociétaires,  adhérents (comme dans les mutuelles et les banques coopératives), coopérateurs, instaurant une sorte de gouvernance démocratique au sein des entreprises, chacun disposant d’une voix lors des assemblées délibératives. Cependant, Philippe Frémeaux nuance une nouvelle fois ses propos, indiquant que malgré une organisation somme toute démocratique, les votes se font majoritairement sur liste unique, au sein desquelles l’absence de réelle parité semble être la norme. De ce point de vu, les organisations d’Economie Sociale et Solidaire semblent, comme les organisations capitalistes, être dominées majoritairement par les hommes. De plus, on s’aperçoit que la concurrence n’est pas absente, notamment au sein du secteur associatif, qui regroupe 80% des emplois de l’Économie Sociale et Solidaire, et que les modes de gouvernance au sein des coopératives ne sont pas exempts de tout reproche, en atteste l’affaire Natixis.

Cependant, l’intérêt de cette gouvernance démocratique est le lien établi entre une organisation et un territoire. En effet, comme le dit l’auteur, «  le fait que les organisations de l’Économie Sociale et Solidaire n’aient pas pour objectif de maximiser leurs résultats à court terme mais inscrivent leur action dans un temps long favorise les modes vertueux de gestion du personnel ». C’est en cela que la gestion au sein des entreprises de l’Économie Sociale et Solidaire semble être davantage rassurante et efficace pour les employés : elle entraîne chez eux une implication véritable et une loyauté envers les structures  qui n’a pas d’égal, selon l’auteur,  «  au sein d’autres organisations productives, qu’elles soient privées ou publiques ».

Ainsi, on se pose avec l’auteur la question suivante et essentielle concernant l’Économie Sociale et Solidaire : peut-elle se généraliser au sein de l’ensemble de l’Economie ? L’auteur est en tout cas favorable à son développement. Comme il le dit, «  La reconversion de notre économie vers un modèle plus soutenable devrait se révéler favorable au développement de l’économie sociale et solidaire, et inversement ». En d’autres termes, comme dit en début de cette note, le contexte actuel semble, davantage que dans le passé, favorable  à l’accroissement des organisations de l’Économie Sociale et Solidaire.  On peut d’ailleurs noter l’émergence, bien que timide pour le moment, des formations Économie Sociale et Solidaire au sein des Universités et des écoles de Management. Philippe Frémeaux semble cependant réaliste, et pragmatique à la fois : Selon lui, « il ne faut pas rêver d’une généralisation de l’Économie Sociale et Solidaire », et ce pour plusieurs raisons : tout d’abord car celle-ci semble avant tout «  sectoriel » (tout du moins pour le moment), délaissant totalement ou presque l’industrie agroalimentaire, le secteur du bâtiment, ainsi que l’Industrie d’une manière générale. De plus, l’Économie Sociale et Solidaire, comme on l’a dit tout à l’heure, manque de visibilité car elle n’est unifiée ni par ses statuts, ni pas ses pratiques, ni par ses objectifs. Ainsi, elle n’apparaît pas encore « comme un mouvement social à proprement parler ». Enfin, dans un contexte où l’Argent Public se fait rare, les organisations de l’Économie Sociale et Solidaire, notamment dans le secteur associatif qui dépend fortement des subventions de l’État et des collectivités, sont dans l’obligation de mener un combat perpétuel pour survivre, combat mené de manière souvent individuel, et pas forcément en coopération avec les autres organisations.

Ainsi, nous pouvons conclure sur cet ouvrage des plus intéressants en disant ceci : L’objectif de l’Économie Sociale et Solidaire est avant tout de démocratiser l’Économie. Bien évidemment, il semble difficile de généraliser son mode de gestion sur l’ensemble de l’Économie. Qui plus est, comme le dit l’auteur, il ne faut pas avoir une vision trop réductrice de l’Économie de marché : celle-ci n’a pas de si mauvais résultats en terme de production et de distribution de services, et l’Économie Sociale et Solidaire n’a pas le monopole de l’utilité. Cependant, comme le dit Philippe Frémeaux, « Comment se satisfaire d’une société qui fait cohabiter hyperconsommation et pauvreté ? ». Là semble l’intérêt d’un accroissement des organisations de l’Économie Sociale et Solidaire : celles-ci doivent s’accroître dans le domaine du logement, de la Santé, de l’assurance, afin de permettre à chacun d’être au moins sur le même pied d’égalité en ce qui concerne les besoins de première nécessité, fondamentaux pour une réelle intégration et un épanouissement personnel au sein de la société. De plus, à travers l’exemple d’Alternatives Economiques, souvent utilisé par l’auteur,  on ne peut qu’acquiescer l’intérêt professionnel d’une Société Coopérative et Participative, permettant une évolution de carrière et une sérénité dans le travail, termes de plus en plus tabous au sein des entreprises purement capitalistes.   


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