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Note de lecture : Agir à Gauche, l’Economie Sociale et Solidaire, Jean-Louis Laville

10 02 2012
Note de lecture : Agir à Gauche, l’Economie Sociale et Solidaire, Jean-Louis Laville dans Bibliographie 9782220063201-181x300

                  « Pour penser la possibilité d’une alternative,  il est nécessaire de critiquer l’ordre existant »

Voilà l’une des grandes idées que l’on retiendra du petit ouvrage de Jean-Louis Laville, qui entraîne une question volontairement radicale : L’Economie Sociale et Solidaire, longtemps perçue comme une résistance au modèle dominant, pourra-t-elle devenir à son tour le modèle économique fondamental au sein de notre société ?

En nous dressant un tableau complet et sincère du champ de l’Economie Sociale et Solidaire aujourd’hui, l’auteur veut nous convaincre qu’une alternative réelle à l’Economie purement capitaliste est en marche, à condition de la consolider dès maintenant et de ne pas rester au seul stade de la contestation et des mesures palliatives.

L’auteur rappelle le contexte économique mondial, ainsi que la situation de dette publique qui s’accroît dans de nombreux pays, à commencer par la France, ce qui menace principalement les dépenses sociales et les aides publiques, secteurs les plus touchés par les politiques de rigueur et les coupes budgétaires. Cependant, point important,  il affirme que contrairement aux crises passées,  la crise actuelle n’est pas conjoncturelle, expliquant ainsi  que l’Economie Sociale et Solidaire peut jouer, si elle s’en donne les moyens, un rôle de premier plan.

Ainsi, «  L’existence d’une telle menace ne doit pas entretenir l’immobilisme ou la peur du lendemain ». La menace, être stopper, doit entraîner une réaction. Cette réaction semble être le dessein des organisations appartenant au champ de l’Economie Sociale et Solidaire, dont les activités contribuent à la démocratisation de l’Economie par des engagements citoyens. Par conséquent, la démocratisation de l’économie participe à la démocratisation de la société pour reprendre Laville.

Comme beaucoup d’auteurs qui apportent une réflexion sur l’Economie Sociale et Solidaire, Jean-Louis Laville souligne néanmoins le caractère hétérogène des activités appartenant au domaine de L’ESS, l’empêchant encore d’être une force économique à part entière. Néanmoins, les différentes organisations semblent se rassembler autour d’une pensée commune : Le Refus de se soumettre à la loi du profit, et une volonté de démocratiser l’économie.  En outre, l’un des aspects intéressants développés par l’auteur, c’est l’alliance possible entre efficacité productive et démocratie. En effet, pour reprendre ses propres termes : «  Efficacité productive et Démocratie ne sont pas contradictoires ». L’Economie Sociale et Solidaire peut donc être productrice de biens, au même titre que le sont les organisations appartenant à l’Economie de Marché.

En parallèle, l’auteur n’oublie pas de réaffirmer les origines historiques du champ de l’Economie Sociale et Solidaire : on rappelle que des nouvelles initiatives ont vu le jour durant les « Trente Glorieuses », s’appuyant principalement sur le courant « associationniste », qui part d’un principe clef : La liberté d’accès à l’Espace Public. L’exemple des femmes et de la population noire aux USA à cette époque est  particulièrement parlant : n’ayant pas le droit de s’exprimer dans l’espace public, cette partie de la population rejetée choisit le biais associatif  pour s’exprimer dans l’espace public, pour organiser des services, et ainsi se rendre utile dans la société. En conséquence, l’association apparaît comme un levier d’expression, un levier de création, participant clairement à la démocratisation de la société et à la production de richesses.

Néanmoins, l’un des points intéressant de ce petit livre est la distinction qu’apporte l’auteur en ce qui concerne la notion de « Solidarité ». Notion clef des organisations de l’Economie Sociale et Solidaire, celle-ci mérite d’être analysée de plus près, conditionnant presque l’ambition que doivent avoir ces organisations. Ainsi, Jean-Louis Laville distingue une acceptation « philanthropique » d’un « principe de Démocratisation ». Pour la première, il s’agit de considérer l’Economie Sociale et Solidaire comme la mise en œuvre d’actions palliatives, qui enferment les bénéficiaires dans leur situation d’infériorité. Pour ce qui est du « principe de démocratisation », il s’agit avant tout de voir l’Economie Sociale et Solidaire comme la mise en œuvre d’actions collectives, incluant l’ensemble de la population, et adoptant des projets et des ambitions sur le long terme. En outre, l’auteur illustre la nécessité de bâtir un nouveau type d’économie de manière durable,  rappelant que plus de dix millions de personnes en France reçoivent des prestations sociales, et près de la moitié des résidents adultes échappent à la pauvreté grâce aux ressources qui proviennent de la protection sociale.

Comme le stipule l’auteur, une régulation du marché est alors nécessaire (notamment par l’introduction de clauses sociales et écologiques),  et ce afin de montrer que la création de richesses n’est pas l’apanage du capitalisme marchant.  Néanmoins, cette régulation n’est pas suffisante pour s’attaquer aux dérives du capitalisme excessif.  C’est pourquoi  une « co-construction » avec les pouvoirs publics semble nécessaire, apportant plus de poids et plus de forces aux actions de l’Economie Sociale et Solidaire. Pour reprendre les propos de Jean-Louis Laville, « la démesure du nouveau capitalisme global ne peut être combattu qu’à partir d’alliances dans lesquelles  l’Economie Sociale et Solidaire privilégie les co-constructions avec les pouvoirs publics ». Les organisations et les pouvoirs publics, loin d’être concurrents, doivent donc être amené à œuvrer main dans la main, toujours dans le souci de démocratiser petit à petit l’Economie.

                  Le livre de Jean-Louis Laville apparaît alors comme un plaidoyer en faveur d’un changement de système économique, permettant la généralisation des organisations de l’Economie Sociale et Solidaire. Rappelant qu’en 2010, l’Economie Sociale et Solidaire représentait un emploi sur 10 en France, et que 15 régions ont intégré dans leurs schémas régionaux de développement un volet sur l’Economie Sociale et Solidaire, l’auteur semble optimiste quant à l’évolution et l’ampleur que prend l’ESS. Cependant, on note que cette réalité ne semble pas être prise en compte de manière durable au niveau national, en témoigne l’éphémère secrétariat d’Etat à l’Economie Solidaire entre 2001 et 2002.

L’Economie Sociale et Solidaire doit donc continuer à faire sa place au sein de tous les espaces et de tous les milieux, afin de ne plus être assimilée uniquement « à une sous-économie réservée à l’insertion », mais à une réalité forte, durable, créant de la richesse et de l’emploi stable.


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