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I. L’économie sociale et solidaire : un projet à défi

10 02 2012

2. Le cadre conceptuel : les fondements théoriques de l’ESS

Le constat matériel et les difficultés qu’il pose.

L’Ess en chiffres

Commençons par quelques chiffres qui nous permettrons d’avoir des ordres de grandeur sur le poids de l’Ess dans l’économie.

Selon la dernière enquête menée par l’INSE en collaboration avec le Conseil National des CRES, l’Ess représentait en 210000 employeurs pour 2,2 millions de salariés dans 800 000 entreprises. Ainsi, l’Ess représente 10% des salariés et entre 7 à 8% du PIB

L’Ess est présente dans les 3 secteurs de l’économie. Dans l’Industrie et la Construction, on dénombre 800 coopératives industrielles dans 80 sous secteurs représentant entre 11 et 21% des rémunérations. Dans la construction, l’ESS concerne environ 600 entreprises, soit 1 à 3 des rémunérations du BTP. Elle est également bien implantée dans le secteur agricole, en particulier dans les régions les plus rurales (Picardie, Centre, Bretagne, Champagne-Ardennes) où 15 à 20% des rémunérations sont versées dans la filière Ess. Enfin, dans les services, l’Ess est présente dans de nombreux sous secteurs en particulier : la formation-recherche, la culture-éducation-loisirs, l’aide à domicile et les actions sociales, la gestion d’organisation, l’accueil d’enfants et d’adultes en difficultés et la santé et les activités hospitalières.

Dans l’ensemble, les coopératives renvoient le plus souvent à des activités agricoles ou industrielles, les mutuelles à des activités bancaires et d’assurances (plus de 5000 établissements sur les 7000 mutuelles employant au moins un salarié) mais les association qui sont la forme privilégiées d’activités Ess en particulier dans le services : elles totalisent 122 000 établissements et 1,7 millions de salariés c’est à dire les ¾ des salariés de l’Ess !

Des chiffres inadaptés

Cependant, l’utilisation de ces chiffres est à relativiser. En effet, ce système de comptage économique et financier est une démarche assez inappropriée pour rendre compte de l’importance de l’Ess. En effet, ils ne traduisent qu’imparfaitement la performance économique réelle de l’Ess et absolument pas sa performance sociale qui est pourtant l’essence même de l’Ess.

De plus, concernant les associations, utiliser comme référence le nombre de salariés sous évalue très largement leur poids réel puisque l’on ne prend pas en compte les activités bénévoles largement majoritaires. De même, le nombre de salariés dans l’ensemble des mutuelles aurait peu de sens par rapport au nombre de cotisants de ces mutuelles.

Il nous faut donc prendre bien garde à ne pas manipuler les chiffres comme des absolus qui nous renseigneraient sur la place de l’Ess dans notre économie, ce ne sont que des ordres de grandeur.

Associations Mutuelles Coopératives
183000 7000 24000

Profil des différents acteurs/établissements.

Quelques exemples de « petites » entreprises Ess

Il nous a semblé que pour montrer toute la diversité des entreprises de la filière Ess le mieux était de s’attarder sur quelques exemples d’entreprises emblématiques ou particulièrement représentatives.

Depuis 1981, l’association Brasero située à Amiens lie travail manuel et intégration sociale. Elle a été crée initialement pour reloger des familles mal-logées puis elle s’est rapidement orientée vers l’insertion sociale et professionnelle de personnes en difficultés. En 2012, l’association prévoit d’employer une quarantaine de personnes au RSA. L’association propose 4 activités professionnelles : l’ébénisterie, la peinture décorative, la création de fresques murales et la tapisserie d’ameublement.

A Nogent-sur-Oise, le traiteur picard Séson se revendique comme le premier organisateur de réceptions avec pour ambition d’utiliser les richesses humaines et gastronomiques locales. Crée en 2010 par Antoine Ferchaud, l’entreprise developpe l’achat en circuits courts afin de limiter son impact environementale et de développer l’activité des producteurs agricoles sur le territoires. L’équipe accueille actuellement huit personnes en insertions professionnelle dont beaucoup finissent par trouver un emploi à durée indéterminée dans le milieu de la restauration. L’entreprise est actuellement en pleine expension puisqu’elle projette d’ouvrir un restaurant dans le centre d’affaire que la Mairie de Nogent prévoit de dédier à l’économie sociale et solidaire.

L’essor des Amap.

Dans le secteur agricole, depuis leur officialisation en 2003, le nombre d’AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) a explosé. Le principe en est simple : un groupe de consommateur s’engage à acheter la production d’un producteur (le plus souvent maraicher ou éleveur). Ainsi financé, le producteur ne dépend plus de groupes agro-alimentaire mais d’un groupe de consommateurs avec lesquels il peut nouer un contact, discuter et adapter les modes de production. Ainsi, en favorisant les circuits courts (suppression de tout intermédiaire entre le consommateur et le producteur) l’agriculture pratiquée est écologiquement saine, socialement équitable et économiquement viable. C’est un mode de production qui permet à l’exploitant agricole de renouer avec un mode de production et un contact social que l’agriculture extensive de l’industrie agro-alimentaire semblait avoir condamnée.

La Nef : ou comment une banque sociale et solidaire est possible.

Enfin, dans le secteur financier, la Nef, associée au Crédit-Coopératif, est la seule vrai banque entiérement respectueuse des principes de l’ESS. Comptant actuellement plus de 26 000 sociétaires elle s’engage à n’utiliser l’argent placée en son sein que pour soutenir des projets respectueux de l’humain et de l’environnement. De plus, la banque a adoptée une démarche de transparence totale : elle publie chaque année l’intégralité des prêts accordées et s’engage à ne jamais effectuer de placements spéculatifs sur les marchés financiers.

Quelques idées fausses sur le profil de l’Ess.

 Après ces quelques exemples, il nous semble important de briser plusieurs idées reçues sur l’Ess. En premier lieu, il nous semble important de rappeler que l’Ess n’est pas une économie de réinsertion. Certes, beaucoup de salariés de petites entreprises sont des chômeurs de longue durée, des sans-domiciles ou des adultes handicapés, mais ce n’est pas pour autant une norme. Il y a un focus sur ces exemples alors que ce n’est qu’un des moyens de la filière. Le véritable objectif, c’est le développement humain de l’économie. Les médias tendent à faire de l’Ess une économie de réparation alors que l’objetif premier reste celui d’un profit humain et financier.

Par delà le profil de ses acteurs, le modèle d’organisation des entreprises de l’ESS, induit par lui même une conception particulière de l’identité professionnelle, de l’organisation de l’entreprise et de ses pratiques managériales. La gestion d’une coopérative est pour ainsi dire plus démocratique, l’égalité des salariés ayant investi dans l’entreprise étant garanti par une égalité dans la prise de décision. Ainsi, si toute hiérarchie ne peut être gommée, elle est de fait bien moins lourde et moins présente dans ce type d’entreprises. De plus, le fait de revendiquer n’avoir pas comme unique objectif la recherche d’un profit mais à produire également une utilité sociale implique une gestion plus humaine, plus responsable, plus concertée des ressources humaines et naturelles. Pour autant, il convient de rappeler qu’en dépit de cette gouvernance démocratique, de cette conception de l’entreprise avant tout comme une équipe ; à l’origine de toutes les entreprises de la filière Ess il y a un entrepreneur : l’entreprise Ess n’est pas une utopie égalitariste, elle a besoin pour se créer et exister d’un leader qui lui donne une impulsion.

L’Ess est aussi un modèle de grand groupe.

Enfin, en dépit de ce qu’en disent ses détracteurs, l’Ess n’est en aucun cas un modèle d’entreprise condamné à ne jamais dépasser le stade de la PME. Plusieurs exemple peuvent ainsi être avancés pour montrer que le modèle de l’Ess peut parfaitement s’appliquer à des groupes et entreprises employant un nombre conséquent de salariés. L’exemple le plus connu est celui de la MCC (Mondragon Coopérative Corporation). Ce groupe basque est ainsi le premier groupe industriel basque et le septième à l’échelle espagnol. Il regroupe plus de 60 000 sociétaires dans des secteurs très variés puisqu’il comprend près de 300 entreprises dont une Université dans laquelle étudient plus de 5000 étudiants. Ce groupe qui dégage près de 17 milliards d’euros de bénéfices a ainsi réussi à avoir l’envergure d’une grande multinationale sans avoir recourt à une capitalisation boursière et en s’interdisant le licenciement de tout sociétaire ! Bien qu’unique en son genre, cet ensemble de coopératives n’est pas non plus une exception, d’autres groupes existent. C’est le cas notamment du Groupe-SOS basé en région parisienne et dirigé par Jean Marie Borrello. Créé il y a 27 ans, il compte près de 7000 salariés dans 38 associations et coopératives. Il est surtout présent dans les services d’aide à la personne et de réinsertion professionnelle mais sa réalisation la plus impressionnante réside dans la reprise en 2009 de l’hôpital Jean Jaurès dans l’Est parisien afin d’en faire la première clinique privée non lucrative. Cette structure accueille ainsi avec un égal traitement toute personne réclamant des soins hospitaliers.

Citons aussi pour l’exemple Chéque-Dejeuner dont la structure est coopérative s’engageant ainsi à respecter des valeurs sociales et humaines de proximité, mais aussi la MACIF qui se distingue par son système de gouvernance mutualiste. Les sociétaires, au travers de leurs représentants élus – les délégués -, sont au cœur du dispositif d’orientation et de contrôle de la gestion de la mutuelle d’assurance.

L’Ess au delà de l’Ess

L’Ess animée aussi par des acteurs publics ou assimilés.

  Les élus locaux 

Au delà des entreprises de la filière, d’autres acteurs participent au développement de l’Ess. Ces acteurs sont avant tout des acteurs étatiques. En effet, si le développement de l’Ess a été particulerement important en France, c’est parce que comme nous l’avons vu, l’Etat a donné une forte impulsion avec la création de la délégation interministérielle et la mise en place d’aides financières. Les anciens délégués interministériels s’accordent pour dire que l’Ess dépend avant tout des Collectivités territoriales, en particulier des Régions. Après les élections régionales de 2004, 4 régions avaient un vice président en charge de l’Ess. Après celles de 2010, presque toutes avaient fait ce choix. Les exécutifs régionaux ont compris que l’Ess était la réponse d’acteurs dynamiques à des besoins locaux. De ce fait, ils ont décidé de prendre en charge l’Ess au nom de leur compétence en matière de développment économique. Ainsi, après la mise en place vers 2009 de plans régionaux de développement social et solidaire (qui étaient des plans d’harmonisation et de coordination des aides et des structures d’accompagnement des entreprises), un certain nombre de régions dont la Picardie ont organisé à l’automne 2011 des Assises de l’Ess réunissant acteurs publics et privés afin de dresser un état des lieux et de préparer des conventions d’objectifs pluriannuels en évitant de tomber dans le modèle du plan avec de grands objectifs généraux mais en s’efforçant de proposer des projets opérationnels et concret pour aider l’Ess à changer d’échelle.

 Les CRESS 

Mais une autre instance permet aux entreprises de l’Ess d’acquérir une réelle visibilité sur le territoire : les Chambres Régionales d’Economie Sociale et Solidaire (CRESS). Crées dans les années 70, elles ont pour mission de représenter l’Ess sur les territoires régionaux aurprès des pouvoirs publics, de promouvoir l’économie sociale et d’en assurer le développement. Mais, actuellement les CRESS ne sont pas des chambres consulaires à l’image des Chambres Régionales de Commerce ou des Chambres Régionales d’Industrie. Elles revendiquent ainsi une reconnaissance en tant que département de la Chambre de Commerce afin de bénéficier du statut d’établissement public et d’obtenir des aides de l’Etat afin de permettre leur fonctionnement. En effet, elles ne sont aujourd’hui financées que par les cotisations de leurs membres, c’est à dire par les entreprises de la filières Ess : leurs ressources sont donc extrêmement limitées. Dans le même temps, cette affiliation aux chambres régionales de commerces serait pour les acteurs de l’Ess de s’intégrer en tant qu’acteur à part entière de l’économie plurielle.

 Des organismes d’encadrement créés par des acteurs de l’Ess

Enfin, d’autres organismes plus informels apportent leur concours au développement de l’Ess. Parmi ceux ci et à l’échelle nationale, on peut en évoquer trois : l’AVISE, le MOUVES et le think-tank le Labo. L’AVISE ( est une association créée en 2002 par la caisse des dépots et des acteurs représentatifs de l’ESS. Elle se veut être un outil pour aider des entrepreneurs désireux d’adopter une approche sociale et solidaire dans la création de leur entreprise. Elle agit ainsi pour accroitre le nombre et améliorer la performance des entreprises de l’ESS. S’appuyant sur une expertise reconnue, elle développe des pôles d’ingénierie de projets avec pour ambition affichée de permettre un changement d’échelle à l’Ess.

Le MOUVES (mouvement des entrepreneurs sociaux) se donne sensiblement les mêmes objectifs, peut être à une moindre échelle cependant (il rassemble entre 500 et 1000 entrepreneurs sociaux). A la fois groupe de pression et communauté d’entrepreneurs sociaux, le mouvement se veut aussi une garenti : les membres s’engagent à adopter une démarche respectueuse de l’humain et de l’environnement. Le mouvement milite également pour la création du label Ess, aide à trouver des financements et tache de développer l’Ess à une échelle européenne.

Le Labo de l’Ess est un think-tank créé par Claude Alphandéry. Comme toutes les structures de ce type, il tache à la fois d’être un groupe de pression et en même temps d’effectuer un travail de communication, de promotion et de réflexion sur la filière Ess en faisant appel aussi bien à des acteurs qu’à des chercheurs. Le think-tank organise ainsi des cycles de conférences et publie des travaux dont dernièrement « 50 propositions pour changer de cap » véritable manifeste de promotion de l’Ess.

Sur le plan local aussi des organismes se sont créés afin de soutenir l’Ess à l’instar de l’Institut Godin à Amiens, du nom du célèbre entrepreneur picard qui peut être, à juste titre, considéré, avec son familistère, comme un précurseur de l’Ess. Cet institut dirigé par Rachid Cherfaoui adopte une démarche tout à fait original à partir de la recherche et du développement de l’économie sociale et solidaire. Distinguant entreprises de l’Ess et pratique sociales et solidaires, ils ont établi un tableau de bord des pratiques sociales et solidaires avec pour objectif d’irriguer d’autres secteurs, de toucher des chefs d’entrprises qui pratiquaient une gestion correct de leurs ressourses humaines mais désireux d’aller plus loin en ce sens. La démarche de l’institut est de prôner la possibilité pour une entreprise d’arriver progressivement à un modèle de l’Ess.


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