AINSI…

10 02 2012

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         L’économie sociale et solidaire, du monde associatif au social business, ne peut exploiter son potentiel qu’en développant sa représentation, sa visibilité et sa promotion : elle doit s’institutionnaliser. Depuis 30 ans on observe un phénomène de multiplication des institutions de l’ESS, associé à un renforcement important sur les dix dernières années. Ces institutions se sont fondées sur la charte de l’économie sociale, publiée en 1980 par le comité de liaison des activités mutualistes, coopératives et associatives (CNLAMCA), et plus récemment sur le manifeste de l’économie solidaire, présenté par France Active en décembre 2006.

           Il y a trois formes d’institutions de l’ESS en France : les regroupements de syndicats, les conseils de chambres économiques et les instituts. Les unions de syndicats et les fédérations d’entrepreneurs sociaux telles l’USGERES, l’UNIFED et le GEMA sont les principales formations françaises qui agissent pour la reconnaissance d’un mouvement d’employeurs propre à l’économie sociale et ambitionne d’être reconnue comme un partenaire social à part entière. Le GEMA, l’UNIFED et l’USGERES se sont associés en 2002 au sein de l’association des employeurs de l’économie sociale, l’AEES, pour présenter des listes communes aux élections prud’homales dans la section activités diverses, elles ont alors obtenu le score de 11,3%. Puis aux élections de 2008 l’AEES a réalisé le score de 19%, soit une augmentation de plus de sept point. Cette progression témoigne de la place de plus en plus importante de l’ESS dans notre économie. Cela est à mettre en relation avec le développement du conseil national des chambres régionales de l’économie sociale (CNCRES). Ce conseil national a pour but d’animer, promouvoir, défendre et représenter les 22 CRES qui fédèrent localement les acteurs de l’économie sociale et solidaire. Il a notamment mis en place, avec l’Insee, un Observatoire national de l’économie sociale et solidaire qui a publié son premier rapport en décembre 2008. Il a depuis un rôle majeur en tant que médiateur avec des autorités publiques. Ces 22 CRES manifestent l’implantation de l’ESS dans notre économie. La dernière forme d’institution est aussi la plus dynamique, il s’agit des instituts et fondations. Centres de réflexion, de débats d’idées, ces instituts sont aussi les moteurs de la diffusion, de la transmission et de la vulgarisation des idées et projets portés par l’ESS. Sur le plan national la Fonda, l’Avise et la CJDES sont les organismes les plus productifs et les plus reconnus. Véritables lobbies ils travaillent de plus en plus avec des organismes étrangers, comme le centre international de recherches et d’information sur l’économie publique, sociale et coopérative (CIRIEC). En effet le phénomène d’institutionnalisation des organismes attachés à l’ESS est aussi sensible sur le plan mondial. Il y a une volonté d’internationaliser l’ESS, avec des partenariats internationaux les institutions françaises aspirent à une reconnaissance de la part des pouvoirs publics et ambitionnent d’imposer l’ESS comme un modèle alternatif.

           Mais bien souvent ces institutions sont d’avantage considérées comme des associations d’organisations que comme des institutions à part entière. Elles souffrent d’un manque d’autorité et donc de pouvoir. Elles dépendent d’ailleurs largement  des pouvoirs publics et des généreuses fondations.

           L’ESS est donc très discutable en tant que modèle économique alternatif. Son véritable impact sur notre économie est à nuancer et il peut être critiquable dans la pratique. Dans un cadre capitaliste la tendance va vers des modèles hybrides d’économie.

           L’ESS est un mouvement resté à l’écart pendant très longtemps mais qui
s’affirme de plus en plus, économiquement, politiquement et socialement. Il est un ensemble au poids non négligeable dans notre économie mais freiné par son caractère hétérogène. Bien qu’il soit de plus en plus reconnu il peine toujours à s’imposer et dans l’économie et dans les consciences collectives. Frédéric Dalsace rappel la nécessité d’une mutation des mentalités dans le monde économique, autrement dit pour s’imposer l’ESS a besoin que l’on réinvente le rôle social de l’entreprise et que l’on considère l’économie au service de l’humain. Paradoxalement on constate un problème d’identification des travailleurs de l’ESS. Les salariés de l’ESS ne se considèrent pas, ou rarement, comme membres d’un destin commun malgré une progression de la représentation syndicale de l’ESS. L’un des enjeux sociologiques de l’ESS est la construction de cette identité chez les travailleurs sociaux.

           Loin des illusions, l’ESS est un modèle économique critiquable dans ses pratiques. Conditions de travail souvent inadmissibles, salaires très faibles et manque, voire absence, de considération donnent lieu à des conflits qui sont plus violents que dans l’économie classique. Les conflits du travail déposés devant les tribunaux des prud’hommes voient en effet une augmentation continue des dossiers issus des milieux de l’économie sociale et solidaire. Par ailleurs les coopératives profitent de « l’emploi aidé » en faisant appel à des travailleurs en difficulté sans lesquels leurs activités ne seraient pas possibles, ce qui montre à la fois un manque de réalisme de ces entreprises mais aussi une opportunité pour leurs employés. C’est l’un des facteurs qui conduit Matthieu Hély à écrire en janvier 2008 un article intitulé « l’économie sociale n’existe pas ». Essentiellement associatif le modèle de l’ESS est pour lui un marché du travail dont les acteurs précarisés ont perdu le statut naguère garanti par la fonction publique. C’est un milieu hétérogène, comprenant des buts et des valeurs antagonistes, trop souvent idéalisés.

           Finalement l’ESS reste une idée ambitieuse qui porte, certes, un projet de société souhaitable à bien des égards mais qui demande plus que la volonté de ses partisans. Les pouvoirs publics ont un rôle décisif à jouer dans son développement et in fine dans sa mise en œuvre. La crise économique de 2008 a mis en lumière les limites du modèle économique classique et l’ESS peut apparaître comme porteuse de réponses innovantes. Mais l’ESS porte en elle des problèmes structurels auxquels elle ne semble pas, aujourd’hui, pouvoir apporter de solutions. L’ESS doit être considérée objectivement comme un complément à l’économie classique, notamment à travers des modèles d’économies hybrides.

           Depuis 2011 le phénomène des « indignés » s’est mondialisé. A partir du livre de Stéphane Hessel indignez-vous ! (2010) et après l’occupation à Madrid de la plazza del sol par les indignados, un élan alternatif massif a rassemblé des populations diverses autours d’un projet de société différent. Des rues d’Athènes à celle de Wall Street, de l’occupation des places économiques de Londres à celle de la Bastilles à Paris, la protestation portée par des jeunes étudiants comme des retraités a été visible, audible et sensible. Proches du slogan « l’humain d’abord », ces acteurs du changement ont avant tout réagit à une crise économique qu’ils considèrent comme le fruit d’une vision déshumanisée du monde. Moins médiatisée qu’elle aurait due l’être, l’expression de la contestation a finalement eue peu d’échos par rapport à l’ampleur du phénomène. Pourtant l’économie sociale et solidaire s’inscrit, à juste titre, dans cette dynamique d’un changement société profitable à l’homme. Une crise économique majeur et un appui populaire important n’auraient ils pas dû être ce déclic nécessaire, ce terreau fertile, cette source de motivation vitale pour faire de l’ESS le nouveau modèle économique ?


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